- La force d'un mot de passe se mesure en bits d'entropie : chaque bit double le nombre de combinaisons.
- Allonger un mot de passe rapporte bien plus que le compliquer.
- Ce calcul ne vaut que pour un mot de passe tiré au hasard : les motifs humains le rendent trompeur.
L'authentification par mot de passe reste le premier mécanisme de contrôle d'accès des infrastructures scientifiques. Les règles qui l'encadrent datent pourtant d'une époque où la puissance de calcul était des millions de fois plus faible qu'aujourd'hui. Nous quantifions la robustesse d'un mot de passe aléatoire par son entropie, E = L · log₂(B), où L est la longueur et B la taille du jeu de caractères, et en déduisons le temps nécessaire pour épuiser toutes les combinaisons. Un caractère supplémentaire apporte environ 6 bits, alors qu'élargir un jeu de 62 à 94 caractères n'en apporte que 0,6 par position. Nous montrons aussi que le stockage des empreintes avec un sel et une fonction de calcul volontairement lente multiplie la protection par un facteur de l'ordre de 10⁵. Ces résultats fondent la nouvelle politique d'accès de l'IFRAS : 15 caractères minimum, gestionnaire de mots de passe et double facteur.
01Des règles écrites pour un autre temps
Les premières politiques de mots de passe datent des années 1980. Les comptes vivaient sur des serveurs partagés, accessibles depuis des terminaux internes, et le principal risque était un collègue indiscret. Six à huit caractères mêlant lettres et chiffres semblaient alors largement suffisants : tester toutes les combinaisons aurait demandé des années de calcul.
Depuis, les processeurs se sont multipliés sur chaque puce, les cartes graphiques ont rendu le calcul massivement parallèle et le calcul à la demande s'est généralisé. Ce qui constituait une barrière économique est devenu accessible à n'importe qui.
02Menaces et parades
Un mot de passe peut être compromis de plusieurs façons. Chaque menace a sa parade, et aucune ne suffit seule.
- Essais exhaustifsTester toutes les combinaisons une à une.Parade : longueur et tirage aléatoire.
- Mots de passe courantsEssayer d'abord les choix humains les plus fréquents.Parade : générer au hasard, avec un gestionnaire.
- Tables pré-calculéesPossible seulement si les empreintes stockées ont été volées.Parade : un sel unique par compte (figure 2).
- ManipulationFaux message qui pousse à saisir son mot de passe.Parade : double facteur et vigilance.
- Failles logiciellesMot de passe lu en mémoire ou dans des journaux.Parade : mises à jour, rien en clair.
Côté serveur, un mot de passe n'est jamais conservé tel quel. On stocke son , calculée par une fonction à sens unique. Deux précautions changent tout : un aléatoire propre à chaque compte, et une fonction volontairement lente, qui rend chaque essai coûteux.
03Mesurer la force d'un mot de passe
Pour un mot de passe tiré au hasard, tout dépend de deux nombres : sa longueur L et la taille du jeu de caractères possibles à chaque position, B. Le nombre de combinaisons est C = BL. Comme ce nombre devient vite astronomique, on l'exprime en .
| Jeu de caractères | 8 | 12 | 15 | 18 |
|---|
Attention aux apparencesCe calcul suppose un tirage au hasard. « Motdepasse2024! » coche toutes les cases (majuscule, chiffres, symbole) et affiche 98 bits théoriques, mais il suit un motif si courant qu'il figure parmi les tout premiers essais. Sa force réelle est quasi nulle.
04Longueur ou diversité ?
Les deux paramètres augmentent l'entropie, mais pas de la même façon. La longueur agit en multiplication : chaque caractère ajoute log₂(B) bits, environ 6 pour un jeu de 62. La diversité agit à l'intérieur d'un logarithme : passer de 62 à 94 caractères n'ajoute que 0,6 bit par position.
Conséquence pratique : un mot de passe long et simple à retenir peut battre un mot de passe court et compliqué. Une de six mots tirés au hasard dans une liste de 7 776 atteint 77 bits, plus qu'un mot de passe de 12 caractères aléatoires.
05Recommandations et politique de l'IFRAS
La sécurité d'un mot de passe repose sur trois propriétés : sa longueur, la diversité de ses caractères et surtout son caractère aléatoire. La longueur est le levier le plus efficace et le plus simple à appliquer.
- 115 caractères minimumou une phrase de passe de 6 mots tirés au hasard.
- 2Un gestionnaire de mots de passepour générer et retenir un mot de passe différent par service.
- 3Le double facteurobligatoire pour tous les accès distants et les systèmes critiques.
- 4Côté serveurempreintes salées et fonctions lentes, jamais de mot de passe en clair.
TransitionLes identifiants existants ne sont pas modifiés d'office, pour ne pas perturber les systèmes historiques validés. La nouvelle règle s'applique à chaque renouvellement.
- 15 caractèresNouvelle règle pour tout nouveau compte.
- Double facteurGénéralisé à tous les accès distants.
- Clés physiquesPour les systèmes de pilotage des missions.


