- Trois recettes de céramique ont été testées dans un jet de plasma reproduisant la rentrée dans l'atmosphère.
- La recette à 20 % de diborure de zirconium offre le meilleur équilibre entre solidité et protection.
- Elle dépasse les exigences de la future capsule RETOUR-I et entre en phase de qualification.
Les boucliers thermiques réutilisables doivent supporter plus de 2 000 °C tout en restant solides. Nous avons fabriqué trois composites céramiques SiC/SiC contenant 10, 20 et 30 % en volume de diborure de zirconium (ZrB₂), puis exposé des panneaux de 10 × 10 cm à un jet de plasma d'air pendant 2 à 7 minutes. La formulation à 20 % conserve 89 % de sa résistance à la flexion après 300 s à 2 100 °C et ne présente aucun délaminage jusqu'à 2 250 °C. Les analyses montrent qu'une couche d'oxyde de zirconium et de verre se forme en surface et bloque l'oxygène. Un modèle simple d'endommagement reproduit les mesures (R² = 0,976).
01Introduction
Lorsqu'une capsule revient de l'orbite, elle plonge dans l'atmosphère à près de 28 000 km/h. L'air devant elle est comprimé si violemment qu'il se transforme en : la face avant du véhicule, le bouclier thermique, dépasse alors les 2 000 °C pendant plusieurs minutes.
Les boucliers actuels sont soit ablatifs (ils se consument volontairement et ne servent qu'une fois), soit faits de tuiles fragiles. Pour des véhicules réutilisables, il faut un matériau à la fois très résistant à la chaleur et solide mécaniquement.
Les (CMC) en carbure de silicium sont de bons candidats : trois fois plus légers que les alliages métalliques réfractaires, ils se fissurent progressivement au lieu de casser net. Leur limite : au-delà de 1 800 °C, l'oxygène de l'air les ronge peu à peu. C'est ce qu'on appelle la .
L'idée de l'étudeAjouter au composite des grains de (ZrB₂). En chauffant, ces grains s'oxydent et forment une croûte réfractaire qui scelle la surface, comme une peau protectrice qui se fabrique toute seule.
02Matériau et essais
Trois recettes de composite
Des fibres de carbure de silicium sont tissées en 12 couches entrelacées, puis gainées d'une fine de nitrure de bore (0,4 µm). Le carbure de silicium est ensuite déposé autour des fibres à partir d'un gaz, à 1 000 °C. Les grains de ZrB₂ (2 µm de diamètre) sont ajoutés avant la dernière étape. Trois teneurs ont été fabriquées : CMC-10Z, CMC-20Z et CMC-30Z (10, 20 et 30 % en volume).
Survolez ou touchez un constituant pour le mettre en évidence.
Le banc à plasma HÉLIOS-3
Les panneaux (100 × 100 × 8 mm) sont placés face à un jet de plasma d'air produit par une torche de 1,2 MW, qui reproduit l'échauffement d'une rentrée. La température de surface est suivie par un et par une caméra infrarouge ; 32 capteurs mesurent la pression sur le support.
| Essai | Matériau | Température | Flux de chaleur | Durée | État du panneau |
|---|---|---|---|---|---|
| HEL-01 | CMC-10Z | 1 800 °C | 4,2 MW/m² | 300 s | Intact |
| HEL-02 | CMC-10Z | 2 100 °C | 6,8 MW/m² | 180 s | Couches décollées |
| HEL-03 | CMC-20Z | 2 100 °C | 6,8 MW/m² | 300 s | Intact |
| HEL-04 | CMC-20Z | 2 250 °C | 8,5 MW/m² | 420 s | Intact |
| HEL-05 | CMC-30Z | 2 400 °C | 10,2 MW/m² | 300 s | Intact |
| HEL-06 | CMC-30Z | 2 400 °C | 10,2 MW/m² | 420 s | Fissures en surface |
03Résultats
Combien de résistance reste-t-il après la chauffe ?
Après chaque essai, des barrettes découpées dans les panneaux sont cassées en . On compare leur résistance à celle du matériau neuf. Pour être retenu, un matériau doit en conserver au moins 85 %.
À 2 100 °C, CMC-20Z garde 89,4 % de sa résistance (312 ± 18 MPa), contre 64 % pour CMC-10Z. CMC-30Z résiste encore mieux à la chaleur, mais il devient plus cassant et se fissure lors de l'essai le plus long (HEL-06).
Une chaleur bien répartie
La caméra infrarouge montre que la surface chauffe de façon régulière : la chaleur est maximale au centre, face au jet, et diminue doucement vers les bords. L'écart ne dépasse pas 85 °C sur toute la zone exposée.
04Discussion
Une peau protectrice qui se forme en chauffant
Au microscope, les panneaux CMC-20Z et CMC-30Z sont recouverts d'une couche de 18 à 42 µm faite d'oxyde de zirconium et d'un verre de silice. Le squelette d'oxyde de zirconium tient la couche, et le verre bouche les pores : l'oxygène ne peut plus atteindre le composite. Sans assez de ZrB₂, cette couche reste trop mince et la surface s'érode.
CMC-10ZIntact
CMC-20ZIntact
Le bon dosagePlus de ZrB₂ donne une meilleure protection, mais rend la matrice plus dense et plus cassante. L'optimum se situe entre 20 et 25 % : c'est pourquoi CMC-20Z est retenu comme formulation de référence.
Un modèle pour prévoir la résistance
Pour dimensionner le bouclier par simulation, nous proposons une formule qui prédit la résistance restante à partir de la température et de l'état d'endommagement du matériau :
Ajusté sur les 18 mesures de CMC-20Z (α = 1,24 ; β = 1,7), le modèle suit de près l'expérience : les points tombent presque tous sur la diagonale.
05Conclusion
Ajouter 20 % de diborure de zirconium à un composite SiC/SiC permet de franchir la barrière des 2 000 °C : le matériau conserve plus de 85 % de sa résistance jusqu'à 2 250 °C pendant 7 minutes, grâce à une couche d'oxyde qui se forme d'elle-même et bloque l'oxygène. Un modèle simple reproduit ces résultats et servira à dimensionner le bouclier de RETOUR-I.
- Formulation retenueCMC-20Z devient la référence du programme.
- QualificationPanneaux grandeur réelle et cycles répétés de chauffe.
- Mission RETOUR-IPremier vol du bouclier réutilisable.


