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Astrophysique · DAI Évalué par les pairs Accès libre

Une super-Terre au cœur de la zone habitable d'une étoile orange

À 135 années-lumière, IFR-7832 b fait le tour de son étoile en 221 jours et reçoit 60 % de la lumière que la Terre reçoit du Soleil. Sa faible densité et son spectre plaident pour un monde très riche en eau.

  • Agathe Carrel (DAI)Responsable de l'étude
  • Hugo Castel (DOL)Photométrie
  • Astrid Lehmann (DAI)Dynamique orbitale
  • Sven Marek (DAI)Spectroscopie
  • Nicolas Aubertu (DAI)Planétologie
  • Louise Vautrin (DSVT)Analyse microbienne
  • Lucas Robelisse (DSVT)Doctorant
Publié le 18 novembre 2025 9 min de lecture IFRAS-DAI-2025-088
L'essentiel en 30 secondes
1,87 × Terrede diamètre, pour une masse de 4,2 Terres
60 %de la lumière reçue par la Terre : au milieu de la zone habitable
221 jpour faire le tour de son étoile
  • La planète a été repérée par l'ombre qu'elle fait sur son étoile, puis pesée grâce au léger balancement de celle-ci.
  • Trop peu dense pour être entièrement rocheuse, elle contient sans doute beaucoup d'eau.
  • Son spectre écarte une épaisse atmosphère d'hydrogène : c'est une cible de choix pour ORION-3.
Résumé

Nous confirmons la planète IFR-7832 b, une super-Terre en transit autour d'une naine orange de type K2 (4 820 K) située à 41,3 parsecs. Cinq transits observés par le photomètre spatial OCULUS de l'IFRAS donnent un rayon de 1,87 ± 0,04 rayon terrestre. Soixante-deux mesures de vitesse radiale obtenues sur 18 mois avec le spectrographe SPECTRA-2 donnent une masse de 4,2 ± 0,6 masses terrestres, soit une densité de 3,5 ± 0,5 g/cm³. La planète reçoit 0,60 fois le flux solaire terrestre, au centre de la zone habitable de son étoile. Son spectre de transmission, plat, exclut à 4,1σ une atmosphère dominée par l'hydrogène : la faible densité s'explique plutôt par une grande quantité d'eau.

ExoplanèteSuper-TerreZone habitableTransitMonde-océan

01La découverte

Une planète trop lointaine pour être vue directement peut se trahir par son ombre. Lorsqu'elle passe devant son étoile, un , elle en masque une infime partie : la lumière reçue baisse de quelques centaines de , puis revient à la normale.

Un transit d'IFR-7832 b, en accéléré
Figure 1À gauche, la planète (taille à l'échelle) traverse le disque de l'étoile. À droite, la luminosité mesurée (5 transits superposés, points par tranches de 20 min) et le modèle ajusté. La baisse atteint 570 ppm pendant 8,7 heures. Le bord de l'étoile, moins lumineux, arrondit le fond de la courbe.

Le signal a été repéré en 2023 par le photomètre spatial OCULUS de l'IFRAS, qui surveille des milliers d'étoiles proches. Il se répète tous les 221,5 jours. Son étoile est une , un peu plus petite et plus froide que le Soleil, âgée d'environ 5 milliards d'années. Ces étoiles sont calmes et vivent longtemps : de bonnes candidates pour abriter des planètes habitables.

02Mesurer la taille et la masse

La profondeur du transit donne la taille : la planète masque 0,057 % de l'étoile, ce qui correspond à 1,87 fois le rayon de la Terre. Pour la masse, il faut une autre méthode. En tournant, la planète fait légèrement osciller son étoile, qui s'approche puis s'éloigne de nous. Le spectrographe SPECTRA-2 mesure cette grâce au décalage des couleurs de la lumière.

Le balancement de l'étoile
Figure 2Vitesse de l'étoile le long de notre ligne de visée, en fonction de la position de la planète sur son orbite (62 mesures, ±1σ). L'étoile oscille de ±0,54 m/s, moins vite qu'un piéton. Quand elle s'approche, sa lumière décale vers le bleu ; quand elle s'éloigne, vers le rouge.

Une amplitude de 0,54 m/s est l'une des plus faibles jamais mesurées. Il a fallu 18 mois de mesures et une modélisation de l'activité de l'étoile, dont les taches tournent en 31 jours, pour isoler le signal. Il donne une masse de 4,2 masses terrestres.

Tableau 1Fiche d'identité d'IFR-7832 b
ParamètreValeurPour comparer
Rayon1,87 ± 0,04 R⊕Terre : 1
Masse4,2 ± 0,6 M⊕Terre : 1
Densité3,5 ± 0,5 g/cm³Terre : 5,5 · Mars : 3,9
Année (période)221,5 joursTerre : 365 jours
Distance à l'étoile0,65 UATerre : 1 UA
Lumière reçue0,60 × TerreMars : 0,43 · Terre : 1
Température d'équilibre224 K (−49 °C)Terre : 255 K
ÉtoileK2, 4 820 KSoleil : 5 770 K
La température d'équilibre ignore l'effet de serre : la Terre, à 255 K, a en réalité une moyenne de 288 K grâce à son atmosphère.

03Dans la zone habitable ?

La est la bande d'orbites où une planète pourrait garder de l'eau liquide en surface. Autour d'une étoile orange, elle est plus proche que dans le système solaire. IFR-7832 b y est placée en plein centre, un peu plus éclairée que Mars mais bien moins que la Terre.

Zone habitable selon la température de l'étoile
Figure 3Lumière reçue par chaque planète (axe horizontal, Terre = 1, échelle logarithmique) selon la température de son étoile (axe vertical). La bande verte foncée est la zone habitable prudente, la bande claire la zone élargie. Vénus, la Terre et Mars sont indiquées pour comparaison.

Ce que dit le spectre

Pendant un transit, une petite partie de la lumière de l'étoile traverse l'atmosphère de la planète. Chaque gaz absorbe certaines couleurs : la taille apparente de la planète varie alors légèrement selon la longueur d'onde. C'est le . Quatre transits ont été observés avec le spectrographe infrarouge d'OCULUS.

Spectre de transmission et modèles d'atmosphère

Figure 4Profondeur du transit selon la longueur d'onde (points, ±1σ, 4 transits combinés), écart à la moyenne en ppm. Une atmosphère légère d'hydrogène produirait de grandes bosses, absentes des mesures. Les atmosphères lourdes (vapeur d'eau, CO₂) donnent des signaux trop faibles pour être distingués pour l'instant.

04Un monde-océan ?

Avec 3,5 g/cm³, IFR-7832 b est bien moins dense qu'une planète rocheuse de même masse, qui dépasserait 6 g/cm³ sous l'effet de sa propre gravité. Il faut donc des matériaux légers. Le diagramme masse-rayon compare la planète aux compositions possibles.

Diagramme masse-rayon
Figure 5Rayon selon la masse pour quatre compositions théoriques. La planète (ellipse d'incertitude à 1σ) tombe sur la courbe « moitié eau » et dans le « creux des rayons » (bande grise), où les planètes sont rares. Un peu d'hydrogène suffirait aussi à l'expliquer, mais le spectre l'exclut.

Trois scénarios restent à départager. Le spectre élimine une enveloppe d'hydrogène, et une planète purement rocheuse serait bien trop dense. Reste l'hypothèse la plus séduisante : un monde-océan, dont 30 à 50 % de la masse serait de l'eau, sous forme d'océan profond ou de glaces à haute pression.

Trois intérieurs possibles
Figure 6Coupes schématiques des trois scénarios, pour la même masse. Seul le monde-océan est compatible à la fois avec la densité mesurée et avec le spectre.

Et la vie ?La température d'équilibre (−49 °C) est basse, mais une atmosphère de quelques bars de CO₂ ou de vapeur d'eau suffirait à réchauffer la surface au-dessus de 0 °C. C'est ce que le programme ORION-3 cherchera à mesurer.

05Conclusion

IFR-7832 b est une super-Terre de 4,2 masses terrestres au centre de la zone habitable d'une étoile calme. Sa densité et son spectre pointent vers un monde riche en eau, sans enveloppe d'hydrogène. C'est l'une des meilleures cibles connues pour chercher une atmosphère tempérée autour d'une étoile proche.

  1. Planète confirméeTaille, masse et première lecture du spectre.
  2. Six nouveaux transitsPour distinguer la vapeur d'eau du CO₂.
  3. ORION-3Recherche de molécules liées au vivant.