- Une probabilité de collision faible peut signifier « danger écarté »… ou « on ne sait pas ».
- Une formule simple donne la probabilité maximale compatible avec la distance prévue : R² / (e·d²).
- L'utiliser quand l'incertitude est grande rend les décisions beaucoup plus sûres.
Les opérateurs de satellites décident de manœuvrer lorsque la probabilité de collision Pc d'une rencontre dépasse un seuil, souvent 10⁻⁴. Or Pc dépend de l'incertitude σ sur la position des objets : pour une distance prévue d fixée, elle croît avec σ jusqu'à σ = d/√2, puis décroît. Au-delà, une mesure de mauvaise qualité produit une probabilité faible et rassurante : c'est la dilution. Nous établissons la carte des rencontres concernées dans le plan (d, σ) et proposons le critère PRISME : en régime dilué, la décision s'appuie sur la probabilité maximale R²/(e·d²) plutôt que sur Pc. Sur une campagne simulée de 10 000 années-satellite, soit 2 000 satellites pendant 5 ans et 42 collisions réelles, la règle habituelle en évite 23 et PRISME 40, au prix de 2 900 manœuvres au lieu de 2 200.
01Une rencontre en orbite
Chaque jour, les satellites en orbite basse croisent des milliers d'objets. Quand un débris doit passer près d'un satellite, les opérateurs reçoivent une alerte : la distance prévue d au moment du passage, et l' σ sur cette position. Deux objets de quelques mètres entrent en collision si leur distance réelle est inférieure au R, ici 20 m.
Le passage est très rapide, près de 10 km/s. On peut donc tout ramener à un plan, perpendiculaire à la vitesse relative : le . Le satellite y est un disque de rayon R ; le débris, un nuage de positions possibles centré à la distance d.
02Le paradoxe de la dilution
Prenons une rencontre prévue à d = 400 m. Si la position du débris est connue à 50 m près, le nuage est serré, loin du satellite : aucun risque. Si l'incertitude augmente, le nuage grossit et commence à recouvrir le satellite : Pc monte. Mais si l'incertitude devient énorme, le nuage s'étale sur des kilomètres : la part qui tombe sur le satellite diminue. La probabilité calculée baisse… alors que l'on sait de moins en moins où est le débris.
L'intuitionUne probabilité faible devrait vouloir dire « le débris passera loin ». En régime dilué, elle veut surtout dire « le débris peut être n'importe où ». Les deux situations appellent des décisions différentes, mais la règle habituelle ne les distingue pas.
03La carte des pièges
Pour savoir quand le paradoxe devient dangereux, nous avons calculé Pc pour toutes les combinaisons de distance prévue et d'incertitude. La ligne σ = d/√2 sépare deux régimes. Sous le seuil de manœuvre, la zone située à droite de cette ligne est le piège : des rencontres proches jugées sûres faute d'information.
Cette zone n'est pas théorique. Les débris les plus mal suivis, petits ou peu observés, ont souvent des incertitudes de plusieurs kilomètres. Or une rencontre à 400 m avec σ = 2 km reste bien plus dangereuse qu'une rencontre à 3 km parfaitement connue : Pc dit l'inverse.
04Un critère robuste : PRISME
Le critère PRISME garde la règle habituelle en régime concentré (σ < d/√2). En régime dilué, il remplace Pc par Pmax = R²/(e·d²), la pire probabilité compatible avec la distance prévue. Pour R = 20 m et un seuil de 10⁻⁴, cela revient à manœuvrer pour toute rencontre prévue à moins de 1,2 km dont la position est mal connue.
Nous l'avons testé par : 2 000 satellites suivis pendant 5 ans, avec des débris dont on connaît la vraie trajectoire mais dont les opérateurs ne voient que des mesures bruitées. Sur ces 10 000 années-satellite, 42 collisions se seraient produites sans manœuvre.
| Critère | Manœuvres | Collisions évitées | Manquées | dont régime dilué |
|---|---|---|---|---|
| Règle habituelle (Pc ≥ 10⁻⁴) | 2 200 | 23 (55 %) | 19 | 17 |
| PRISME | 2 900 (+32 %) | 40 (95 %) | 2 | 0 |
05Conclusion
Une probabilité n'a de sens qu'accompagnée de sa qualité. En séparant les rencontres selon le rapport entre l'incertitude et la distance prévue, le critère PRISME transforme une probabilité trompeuse en décision prudente, pour un coût modeste en carburant. Il sera intégré au logiciel d'alerte des satellites de l'IFRAS en 2025.
LimitesNous avons supposé une incertitude identique dans toutes les directions du plan. En pratique, le nuage est souvent très allongé ; le principe reste valable, mais Pmax dépend alors aussi de l'orientation de l'ellipse. Cette extension fait l'objet d'un travail en cours.
- Critère PRISMEValidé sur 10 000 années-satellite simulées.
- Nuages allongésIncertitudes différentes selon la direction.
- En opérationIntégré aux alertes des satellites IFRAS.


