Missions clôturées
Programmes
archivés
Les programmes archivés de l'IFRAS sont des missions scientifiques menées à leur terme, dont les objectifs ont été atteints et les équipes dissoutes ou réaffectées. Leur clôture ne signifie pas l'oubli : les données, modèles, publications et savoir-faire accumulés continuent d'alimenter les programmes en cours et constituent un patrimoine scientifique considérable. Plusieurs résultats fondamentaux de l'IFRAS ont été produits par ces programmes aujourd'hui archivés.
L'accès complet aux données brutes, comptes-rendus d'essais, rapports de phase et archives documentaires de ces programmes est possible sur demande motivée auprès du Service Archives & Documentation. Certains contenus restent soumis à accréditation en raison de leur caractère sensible ou de leur pertinence pour des programmes en cours.
Ces trois programmes illustrent la diversité des approches scientifiques de l'IFRAS : l'exploration robotique in situ avec APOLLO-X, la surveillance planétaire depuis l'orbite avec DELPHI, et la valorisation intensive de données existantes par l'intelligence artificielle avec CASSINI-R. Ensemble, ils ont produit 279 publications scientifiques dans des revues à comité de lecture, et leurs résultats sont cités dans plus de 1 400 articles par des équipes du monde entier.
Des éléments matériels de ces programmes — rovers encore opérationnels sur la Lune, modèles prédictifs déployés à l'ONU, bases de données IA publiées en open access — continuent d'avoir une existence et une utilité bien après la clôture formelle de leurs programmes d'origine.
279
Publications produites
+1 400
Citations mondiales
2014
Premier lancement (APOLLO-X)
2014
2022
8 années d'opérations
142 publications
6
Rovers déployés sur la Lune
3
Rovers encore opérationnels
1 240 km²
Surface cartographiée
APOLLO-X a constitué le programme d'exploration robotique lunaire le plus ambitieux jamais conduit par une institution scientifique civile européenne. Son objectif central : cartographier avec une précision centimétrique les bassins permanemment ombragés (PSR) du pôle Sud lunaire pour y quantifier les réserves de glace d'eau sub-surfacique, ressource stratégique pour toute future présence humaine durable sur la Lune.
Six rovers miniaturisés de 35 kg — les APOLLO-X-A à APOLLO-X-F — ont été déposés par trois missions de lanceur léger entre 2014 et 2018. Équipés de forières thermiques capables de prélever des carottes jusqu'à 1,5 m de profondeur, de spectromètres neutrons et de caméras stéréoscopiques embarquées, ils ont opéré de manière largement autonome dans les zones d'ombre permanente, où les panneaux solaires sont inopérants et les températures descendent à −230 °C.
La découverte majeure du programme — publiée en 2020 dans Nature Geoscience — est la mise en évidence de couches de glace quasi-pure à −40 cm de profondeur dans le bassin Haworth, contenant environ 0,3 % en masse d'eau, une concentration trois fois supérieure aux estimations préalables. Ce résultat a fondamentalement modifié la planification de l'architecture des futures bases lunaires de l'ESA et de la NASA.
Fiche programme
Statut
Archivé — clôturé déc. 2022
Début programme
Janvier 2010
1er déploiement rover
Mars 2014
Département pilote
DAI / DSVT / DSTI
Chercheurs impliqués
+200 (pic 2018)
Partenaires principaux
ESA, CNES, JAXA, Airbus
Publications produites
142 (dont 3 Nature)
Réalisations scientifiques majeures
💧
Découverte de glace quasi-pure à −40 cm de profondeur dans le bassin Haworth — concentration de 0,3 % en masse, trois fois supérieure aux estimations antérieures. Publication dans Nature Geoscience (2020), citée 312 fois.
🗺
Première cartographie haute résolution (5 cm/px) de 1 240 km² de PSR lunaires, mise en open access et adoptée comme référence géodésique officielle par l'IAU pour la région polaire sud lunaire.
🤖
Démonstration de 8 années d'opérations autonomes continues en environnement cryogénique extrême — les rovers APOLLO-X-B et APOLLO-X-D sont encore actifs en 2026, bien au-delà de leur durée de vie nominale de 3 ans.
⚗️
Première extraction et analyse in situ de glace lunaire par électrolyse embarquée, démontrant la faisabilité de la production d'oxygène et d'hydrogène directement depuis le régolithe — fondement du concept ISRU lunaire.
Axes scientifiques traités
🌕
Glaciologie lunaire
Caractérisation physico-chimique des dépôts de glace dans les bassins permanemment ombragés. Modélisation des mécanismes de piégeage et de sublimation sur des échelles de temps géologiques.
🪨
Géologie polaire lunaire
Stratigraphie des couches superficielles du régolithe polaire. Cartographie des impacts récents et reconstruction de l'histoire géologique des PSR sur 3 milliards d'années.
🔋
Ressources in situ (ISRU)
Évaluation de la faisabilité et des rendements de l'extraction d'eau, d'oxygène et d'hydrogène directement depuis le régolithe polaire lunaire à des fins de soutien aux opérations habitées.
❄️
Cryogénie et matériaux extrêmes
Qualification de systèmes mécaniques, électroniques et de propulsion fonctionnant de manière fiable à −230 °C sans maintenance extérieure sur des durées supérieures à 5 ans.
ESA — ESTEC
CNES
JAXA
Airbus Defence & Space
CNRS — LGLTPE
Université Grenoble Alpes
NASA — GSFC
📁 Les 3,8 To de données brutes APOLLO-X (images, spectres, logs rover) sont accessibles en open access sur le portail archives IFRAS. Les données de forage profondes restent soumises à accréditation.
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2016
2023
7 années d'opérations
89 publications
12
Satellites de la constellation
72 h
Horizon de prédiction
0,71
Score F1 (séismes ≥ M5.5)
DELPHI est né d'une hypothèse longtemps controversée dans la communauté géophysique : les séismes importants seraient précédés, dans les 48 à 72 heures qui les précèdent, de perturbations détectables dans la couche ionosphérique — le résultat de signaux électromagnétiques générés par la compression mécanique des roches en profondeur. Des observations ponctuelles existaient depuis les années 1990, mais aucun programme n'avait tenté de les exploiter systématiquement pour la prédiction opérationnelle.
L'IFRAS a construit pour DELPHI une constellation de 12 microsatellites en orbite basse équipés de magnétomètres vectoriels haute résolution, de capteurs de densité électronique et d'analyseurs de plasma ionosphérique. En corrélant les anomalies détectées par cette constellation avec les catalogues sismiques historiques de 40 ans, les équipes du DAI et du DSTI ont entraîné un modèle d'apprentissage profond capable de produire des alertes à 72 heures pour des séismes de magnitude ≥ 5,5.
Le programme a produit ses résultats les plus marquants entre 2020 et 2022, avec une série de prédictions validées après coup sur le Chili, la Turquie et l'Indonésie. Le modèle DELPHI-4 a été transmis à l'ONU-Space en 2023 et est aujourd'hui utilisé à titre expérimental par les agences de protection civile de 7 pays dans le cadre d'un accord de coopération technique. C'est cette valorisation opérationnelle qui a motivé la clôture formelle du programme : l'IFRAS a considéré sa mission accomplie en livrant le modèle à des opérateurs institutionnels.
Fiche programme
Statut
Archivé — clôturé juin 2023
Début programme
Avril 2013
Lancement constellation
Novembre 2016
Département pilote
DAI / DSTI / DPM
Chercheurs impliqués
+110 (pic 2021)
Partenaires principaux
ONU-Space, ESA, USGS, INGV
Publications produites
89 (dont 1 Science)
Réalisations scientifiques majeures
📡
Première validation statistique robuste de la corrélation ionosphère-sismicité à l'échelle planétaire — analyse de 40 ans de données sismiques et 7 ans de données orbitales. Publication dans Science (2021).
🧠
Développement du modèle DELPHI-4, architecture Transformer multi-sources atteigning un score F1 de 0,71 sur les séismes de magnitude ≥ 5,5 à 72 heures — meilleur résultat mondial sur ce problème à la date de publication.
🌍
Transfert opérationnel du modèle DELPHI-4 à l'ONU-Space en 2023, et déploiement expérimental dans les systèmes d'alerte de la Turquie, du Chili, du Japon, de l'Indonésie, de la Grèce, du Pérou et du Maroc.
Axes scientifiques traités
🌐
Physique ionosphérique sismo-induite
Caractérisation des mécanismes de couplage lithosphère-atmosphère-ionosphère (LAIC) et des signatures électromagnétiques précurseurs des grands séismes.
🤖
IA pour la géophysique
Application des architectures Transformer et des réseaux de neurones récurrents à la détection d'anomalies faibles dans des séries temporelles multi-capteurs à haute dimension.
🛰
Constellation de microsatellites
Conception, déploiement et opération d'une constellation de 12 microsatellites en orbite héliosynchrone avec coordination d'observation synchronisée et fusion de données temps réel.
⚠️
Systèmes d'alerte précoce
Intégration des modèles DELPHI dans les pipelines opérationnels des agences de protection civile. Définition des protocoles de décision et des seuils d'alerte en concertation avec les autorités nationales.
ONU-Space
ESA
USGS — Earthquake Hazards
INGV (Italie)
NIED (Japon)
CNRS — IPGP
Université de Toulouse III
📁 Les données de la constellation DELPHI sont disponibles en open access via le portail archives IFRAS. Le code source du modèle DELPHI-4 est publié sous licence Apache 2.0 sur le dépôt GitHub IFRAS.
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2019
2021
2 années de traitement intensif
48 publications
635 Go
Données brutes retraitées
18
Nouvelles structures découvertes
×40
Gain résolution sur images VIMS
CASSINI-R — le suffixe R pour "Retraitement" — est le programme le plus court et peut-être le plus intellectuellement original de l'IFRAS. Son point de départ : la mission Cassini-Huygens de la NASA, qui a orbité autour de Saturne entre 2004 et 2017, a produit 635 gigaoctets de données brutes dont une fraction seulement avait été analysée en profondeur faute de temps et de puissance de calcul disponibles au moment de la mission. Ces données dormaient dans les archives NASA, accessibles mais sous-exploitées.
L'idée directrice de CASSINI-R était simple et ambitieuse : appliquer les méthodes de deep learning développées depuis 2015 — en particulier les réseaux convolutifs pour l'imagerie et les modèles de reconstruction spectrale — à ces archives brutes pour en extraire des informations inaccessibles aux traitements originaux. Le programme a regroupé une équipe de 60 chercheurs du DAI, DSTI et DOL pendant deux ans, avec un accès prioritaire aux ressources HPC du calculateur Mésocentre de l'IFRAS.
Les résultats ont largement dépassé les attentes. En imagerie seule, les techniques de super-résolution appliquées aux images VIMS (Visual and Infrared Mapping Spectrometer) ont multiplié leur résolution effective par un facteur 40, révélant des structures sub-kilométriques dans les anneaux et à la surface de Titan qui n'avaient jamais été observées. Dix-huit structures nouvelles ont été cataloguées dans les anneaux de Saturne, dont deux — baptisées IFRAS-1 et IFRAS-2 — constituent un type morphologique inconnu de propeller géant lié à des objets de la taille d'un stade.
Fiche programme
Statut
Archivé — clôturé mars 2021
Début programme
Janvier 2019
Département pilote
DAI / DSTI / DOL
Chercheurs impliqués
60
Partenaires principaux
NASA JPL, ESA, Caltech
Ressources HPC utilisées
4,2 millions d'heures CPU
Publications produites
48 (dont 2 Nature Astronomy)
Réalisations scientifiques majeures
💍
Découverte de 18 nouvelles structures dans les anneaux de Saturne, dont les objets IFRAS-1 et IFRAS-2 — propellers géants d'un type morphologique inédit, associés à des corps de 300-400 m de diamètre. Publication dans Nature Astronomy (2020).
🪐
Reconstruction à ×40 de résolution des images VIMS de Titan, révélant un réseau de dunes équatoriales à structure fractale et une série de lacs polaires à géométrie hexagonale non détectés précédemment.
🌊
Détection dans les données magnétométriques de Cassini d'une anomalie périodique non expliquée autour d'Encelade, compatible avec un jet de matière organique à haute altitude depuis l'océan sub-glaciaire — ouvrant une nouvelle piste pour la chimie prébiotique.
💾
Publication en open access de l'intégralité des données retraitées — 2,1 To d'images super-résolues, spectres reconstruits et cubes de données — devenus la base de référence pour la communauté Saturne mondiale.
Axes scientifiques traités
🔭
Planétologie saturnienne
Structure fine des anneaux de Saturne, dynamique des propellers, atmosphère de Titan et activité géologique d'Encelade — réinterprétés à la lumière des données retraitées.
🖼
Super-résolution par deep learning
Développement de réseaux convolutifs entraînés spécifiquement sur les artefacts des capteurs VIMS et ISS de Cassini pour une reconstruction fidèle des détails sub-pixel.
📊
Traitement massif d'archives
Pipeline de traitement automatisé des 635 Go bruts — calibration, nettoyage des artefacts, extraction de features et indexation sémantique pour la recherche documentaire.
🧪
Chimie prébiotique d'Encelade
Réanalyse des données INMS (spectrométrie de masse neutre et ionique) des survols d'Encelade pour contraindre la composition de l'océan interne et son potentiel astrobiologique.
NASA — JPL
ESA
Caltech
SETI Institute
Laboratoire d'Astrophysique de Marseille
University of Arizona
📁 L'ensemble des données retraitées CASSINI-R (2,1 To) est disponible en open access sur le portail NASA PDS et le dépôt IFRAS. Les modèles de super-résolution sont publiés en open source sur GitHub.
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