En cours de développement

Programmes
futurs

Les programmes futurs de l'IFRAS sont les projets scientifiques en phase de conception, de définition ou d'approbation budgétaire qui constitueront la prochaine génération de l'activité de l'institut. Leur démarrage opérationnel est conditionné à la validation de leur financement pluriannuel et, pour certains, à l'aboutissement de programmes actifs dont ils prennent la suite ou utilisent les résultats.

Chaque programme futur traverse une série de jalons de maturité technologique — de la phase A (étude de faisabilité) à la phase D (qualification) — avant d'être officiellement lancé. Les pages qui suivent présentent l'état d'avancement de chaque programme, ses objectifs scientifiques, ses axes de travail actuels et les conditions de son démarrage effectif.

Ces trois programmes — HERA, NOE et TITAN-0 — ont été retenus après une sélection compétitive parmi douze propositions de programmes long terme soumises au Conseil Scientifique de l'IFRAS en 2023. Leur sélection reflète les priorités de la Stratégie Spatiale Nationale 2030 : l'habitabilité des lunes de géantes gazeuses, la physique du vent solaire et les analogues de la Terre primitive.

Les budgets de ces programmes n'étant pas encore définitivement arrêtés, certaines informations demeurent indicatives. Les données présentées reflètent l'état des dossiers de définition approuvés par la Direction Scientifique en janvier 2026.

3
Programmes en développement
2027
Premier lancement (NOE)
~1,4 Md€
Budget total estimé
+420
Chercheurs à mobiliser
2028
HERA

Habitabilité et océanologie des lunes de géantes gazeuses

Phase B · Financement en cours
2028
Horizon de lancement Lancement de la sonde Europa-1 prévu au 1er trimestre 2028
Collaboration ESA–IFRAS
2 Lunes cibles (Europa, Ganymède)
3 ans Durée de mission orbitale
~620 M€ Budget estimé (part IFRAS)

HERA est le programme le plus ambitieux du pipeline futur de l'IFRAS. Son objectif central est d'envoyer une sonde orbitale autour d'Europa — la lune de Jupiter abritant très probablement un océan d'eau liquide sous sa croûte de glace — pour y mener la première caractérisation complète de la chimie de cet océan depuis l'orbite, et en évaluer le potentiel astrobiologique avec une précision inégalée.

Le programme s'appuie sur une architecture innovante : une sonde mère orbitant à 200 km au-dessus de la surface d'Europa, équipée d'un spectromètre de masse à haute résolution capable de détecter les molécules organiques dans les panaches de vapeur émis naturellement à travers les fractures de la croûte glaciaire, et d'un radar de pénétration capable de cartographier l'interface glace-océan jusqu'à 15 km de profondeur.

HERA est développé en partenariat prioritaire avec l'ESA dans le cadre du programme Cosmic Vision. L'IFRAS est responsable de deux des six instruments scientifiques embarqués — le spectromètre organique HERMES-S et le module de navigation autonome LYNX-Space, dérivé du programme robotique terrestre. La sonde sera lancée par Ariane 6 en configuration lourde depuis le Centre Spatial Guyanais.

Fiche programme
Statut Phase B — Définition détaillée
Début des études Septembre 2022
Lancement prévu T1 2028 (sous réserve)
Département pilote DAI / DSVT / DSTI
Chercheurs mobilisés ~180 (cible)
Partenaires confirmés ESA, CNES, Airbus, JPL
Budget total estimé ~620 M€ (indicatif)
Axes scientifiques prioritaires
🌊
Chimie de l'océan d'Europa
Caractérisation de la composition organique et inorganique de l'océan sub-glaciaire par analyse spectroscopique des panaches de vapeur. Recherche de molécules prébiotiques et de signatures métaboliques.
❄️
Structure de la croûte glaciaire
Cartographie radar de l'épaisseur et de la structure interne de la croûte de glace d'Europa (estimée entre 3 et 30 km). Identification des zones de renouvellement et des fractures actives.
🔭
Géologie de surface comparée
Imagerie haute résolution de la surface d'Europa et de Ganymède. Analyse comparative des processus géologiques actifs — cryovolcanisme, tectonique glaciaire, impacts récents.
🧬
Astrobiologie des environnements océaniques
Définition des biosignatures chimiques et physiques détectables depuis l'orbite dans un océan extraterrestre. Élaboration d'un cadre théorique universel pour la détection de la vie non terrestre.
🛰
Navigation autonome en milieu radiatif
Qualification du module LYNX-Space pour une navigation autonome dans les ceintures de radiations de Jupiter — l'un des environnements les plus hostiles pour l'électronique du système solaire.
🧲
Magnétosphère jovidienne
Mesure in situ des interactions entre le champ magnétique de Jupiter et les lunes galiléennes. Caractérisation des courants d'Alfvén et de leur rôle dans le chauffage de l'océan d'Europa.
Jalons du programme
Septembre 2022
Phase A — Étude de faisabilité
Validation du concept scientifique et de l'architecture de mission par le Conseil Scientifique IFRAS et le comité Cosmic Vision ESA. Sélection officielle du programme.
Juin 2024
Phase A/B1 — Définition préliminaire
Finalisation de l'architecture de la sonde, sélection des 6 instruments scientifiques et attribution des responsabilités aux équipes partenaires (IFRAS : HERMES-S + LYNX-Space).
En cours · 2025–2026
Phase B2 — Définition détaillée
Conception détaillée de tous les sous-systèmes. Revue de définition préliminaire (PDR) prévue pour le 3e trimestre 2026. Développement des prototypes des deux instruments IFRAS.
2026–2027
Phase C/D — Réalisation et intégration
Fabrication de la sonde, intégration des instruments et campagnes de tests environnementaux (thermique, vibratoire, radiatif). Revue de qualification finale prévue fin 2027.
T1 2028
Lancement — Ariane 6
Lancement depuis le Centre Spatial Guyanais. Trajet de 6,5 ans jusqu'à Jupiter via assist gravitationnel terrestre et vénusien. Mise en orbite jovidienne prévue mi-2034.
ESA — Cosmic Vision CNES Airbus Defence & Space NASA — JPL DLR SRON Pays-Bas Observatoire de Paris
💶
Le budget de 620 M€ est une estimation indicative issue du dossier de définition approuvé en janvier 2026. La validation définitive du financement pluriannuel est attendue pour le 4e trimestre 2026, conditionnant le passage officiel en phase C. La part IFRAS représente environ 35 % du budget total de la mission, le solde étant porté par l'ESA et les autres partenaires nationaux.
2027
NOE

Réseau d'observation exosphérique — Vent solaire et magnétosphères

Phase C · Financement acquis
2027
Horizon de lancement Déploiement de la constellation en 3 lancements groupés entre jan. et juin 2027
Financement acquis
24 Microsatellites dans la constellation
L1 + L5 Points de Lagrange ciblés
~210 M€ Budget total (acquis)

NOE est le programme futur le plus avancé de l'IFRAS — son financement est entièrement acquis et ses premières unités de vol sont en cours d'assemblage. L'objectif est de déployer une constellation de 24 microsatellites répartis entre les points de Lagrange L1 et L5 du système Terre-Soleil pour constituer un réseau d'observation en temps réel du vent solaire et de ses interactions avec les magnétosphères des planètes internes.

L'enjeu scientifique est double. D'une part, comprendre la physique fondamentale du vent solaire à des résolutions spatiales et temporelles inaccessibles aux missions mono-satellites. D'autre part, développer un système opérationnel de prévision de la météo spatiale — les tempêtes géomagnétiques et les éruptions solaires qui menacent les satellites, les réseaux électriques et les astronautes en dehors de la magnétosphère terrestre.

Chaque microsatellite NOE pèse 45 kg et embarque une suite instrumentale minimale mais cohérente : magnétomètre triaxial fluxgate, analyseur de plasma ionique et électronique, et spectromètre de particules énergétiques. La synchronisation des 24 satellites permet de reconstituer des structures tridimensionnelles dans le vent solaire — fronts d'éjection de masse coronale, discontinuités rotationelles, chocs inter-planétaires — qui restent invisibles aux observatoires uniques actuels.

Fiche programme
Statut Phase C — Réalisation
Début des études Mars 2021
Lancement prévu Jan. – Juin 2027
Département pilote DAI / DPM / DSTI
Chercheurs mobilisés ~140 (en cours)
Partenaires confirmés ESA, NOAA, JAXA, CNRS
Budget total 210 M€ (financement acquis)
Axes scientifiques prioritaires
☀️
Physique du vent solaire
Mesures in situ multi-points des propriétés du plasma solaire — densité, vitesse, température, composition — permettant de reconstruire les structures 3D des éjections de masse coronale.
🌍
Magnétosphères planétaires
Étude comparative des interactions vent solaire–magnétosphère pour Mercure, Vénus, la Terre et Mars. Quantification des taux d'érosion atmosphérique et de perte ionique.
Météorologie spatiale opérationnelle
Développement d'un système d'alerte précoce des tempêtes géomagnétiques à 24-48 heures, transmis en temps réel aux agences NOAA, ESA-SSA et aux opérateurs satellites commerciaux.
🛰
Technologies constellation
Qualification de solutions de maintien en formation autonome pour 24 satellites répartis sur 300 millions de km. Architecture de communication inter-satellite en bande Ka miniaturisée.
Jalons du programme
Mars 2021
Sélection et Phase A
Validation scientifique et technique du concept. Accord de financement préliminaire du CSN et de l'ESA dans le cadre du programme Space Safety.
Décembre 2023
Phase B — CDR (Critical Design Review)
Revue de conception critique passée avec succès. Gel de l'architecture des microsatellites et des instruments. Attribution des contrats de fabrication à Thales Alenia Space.
Juillet 2025
Financement total acquis
Validation définitive du budget de 210 M€ par le Parlement dans le cadre de la LPM Espace 2025-2030. Passage officiel en phase C de réalisation.
En cours · 2025–2026
Phase C — Assemblage et tests
Assemblage des 24 unités de vol en salle blanche. Tests unitaires d'acceptance thermique et vibratoire. Livraison des premiers satellites qualifiés attendue en septembre 2026.
Jan. – Juin 2027
3 lancements groupés
Mise en orbite en 3 vagues de 8 satellites chacune. Lanceurs : Ariane 6 (vague 1), Vega-C (vagues 2 et 3). Déploiement de la constellation complète prévu fin juin 2027.
2027–2032
Phase opérationnelle (5 ans)
Opérations scientifiques continues avec transmission de données en temps réel vers le Centre de Contrôle IFRAS-Toulouse et les partenaires. Production de prévisions météo spatiale 24/7.
ESA — Space Safety Programme NOAA — Space Weather Center JAXA CNRS — LPP Thales Alenia Space Université d'Orléans — LPC2E IWF Graz (Autriche)
NOE est le seul programme futur dont le financement est entièrement acquis et sécurisé. Le budget de 210 M€ est inscrit dans la Loi de Programmation Militaire Espace 2025-2030 votée par le Parlement en juillet 2025. Les premiers satellites en configuration de vol sont actuellement en assemblage et les lancements sont confirmés pour 2027.
2029
TITAN-0

Sonde atmosphérique Titan — Chimie prébiotique in situ

Phase A · Étude de faisabilité
2029
Horizon de lancement Fenêtre de lancement optimale calculée en septembre 2029 (assist gravitationnel Saturne)
Financement en négociation
50 km Altitude d'opération dans l'atmosphère
180 jours Durée de mission nominale
~570 M€ Budget estimé (en négociation)

TITAN-0 est le programme le plus audacieux — et le plus incertain — du pipeline futur de l'IFRAS. Son ambition est d'envoyer la première sonde entièrement conçue par l'IFRAS en orbite autour de Titan, la plus grande lune de Saturne, pour y analyser in situ la chimie de son atmosphère épaisse et orange. Titan est fascinant parce qu'il possède une atmosphère riche en azote et méthane, avec une chimie organique complexe qui constitue l'analogue le plus fidèle connu de la Terre primitive il y a 4 milliards d'années — avant l'apparition de la vie.

La particularité de l'architecture TITAN-0 est le déploiement d'un aérostat gonflable — un ballon stratosphérique de 8 mètres de diamètre — libéré depuis la sonde orbitale lors de son premier survol à basse altitude. Cet aérostat dérivant à 50 km d'altitude dans la couche nuageuse de Titan pourra prélever des échantillons d'aérosols et d'espèces gazeuses directement dans les brumes tholin — ces composés organiques complexes qui donnent à Titan sa couleur caractéristique et dont la chimie reste largement inconnue.

Le programme est directement inspiré des travaux du pôle Paléontologie du DSVT sur les biosignatures et des résultats de CASSINI-R qui ont révélé de nouvelles structures dans l'atmosphère de Titan. Son développement dépend de la validation du concept d'aérostat en atmosphère d'azote-méthane, actuellement testée en chambre ATLAS, et du succès des négociations de cofinancement avec la NASA dont l'intérêt pour Titan s'est exprimé dans la mission Dragonfly actuellement en développement.

Fiche programme
Statut Phase A — Faisabilité
Début des études Janvier 2024
Lancement prévu Sep. 2029 (sous réserve)
Département pilote DAI / DSVT / DPET
Chercheurs mobilisés ~100 (cible)
Partenaires pressentis NASA, ESA, CNES, ASI
Budget total estimé ~570 M€ (en négociation)
Axes scientifiques prioritaires
🟠
Chimie des aérosols tholin
Prélèvement et analyse directe des particules tholin dans la stratosphère de Titan. Identification des précurseurs des acides aminés et des bases nucléiques dans une atmosphère réductrice analogue à la Terre primitive.
💧
Cycle méthane-éthane
Étude du cycle hydrologique d'hydrocarbures liquides de Titan — précipitations de méthane, lacs d'éthane polaires, évaporation et recharge de l'atmosphère. Analogue cryogénique du cycle de l'eau terrestre.
🌬
Dynamique atmosphérique
Mesures in situ des vents, températures et pressions à 50 km d'altitude pendant 180 jours. Validation des modèles de circulation générale développés depuis les données Cassini-Huygens.
⚗️
Photochimie de l'azote
Caractérisation des réactions photochimiques initées par le rayonnement UV solaire dans la haute atmosphère. Mesure des taux de production des nitriles et des polymères azotés complexes.
🎈
Technologie aérostat atmosphérique
Développement et qualification d'un aérostat gonflable opérant à −180 °C dans une atmosphère de 1,5 bar composée d'azote et de méthane — première mondiale pour une mission scientifique.
🦠
Exobiologie prébiotique
Évaluation de la probabilité d'existence de formes de vie méthanogènes dans les lacs d'hydrocarbures de surface et dans la stratosphère. Définition de nouvelles biosignatures non oxygéniques.
Jalons du programme
Janvier 2024
Lancement des études Phase A
Démarrage officiel des études de faisabilité. Constitution de l'équipe de science (28 chercheurs IFRAS) et dépôt du dossier de candidature au programme Horizon Europe.
En cours · 2024–2026
Phase A — Faisabilité et concept
Tests du concept d'aérostat en chambre ATLAS (simulation atmosphère Titan). Négociations de cofinancement avec la NASA et l'ESA. Rédaction du dossier de définition scientifique (SRD) final.
Fin 2026
Décision de lancement (go/no-go)
Décision finale du Conseil Scientifique IFRAS et des partenaires sur le passage en Phase B, conditionnée à la validation du concept aérostat et à l'obtention du cofinancement NASA/ESA.
2027–2028
Phase B/C — Définition et réalisation
En cas de go-ahead, développement de la sonde orbitale et de l'aérostat. Intégration des 5 instruments scientifiques. Campagne de tests environnementaux au CNES-Toulouse.
Septembre 2029
Lancement · Fenêtre optimale
Lancement sur une fenêtre de 3 semaines en septembre 2029 permettant un assist gravitationnel de Jupiter en 2031 et une arrivée à Saturne en 2036. Prochaine fenêtre favorable : 2031 (sous-optimale).
NASA — APL (Dragonfly) ESA — SciProg CNES ASI (Italie) Laboratoire de Météorologie Dynamique Université Paris-Saclay Cornell University
⚠️
TITAN-0 est le programme futur dont le statut est le plus incertain. Son lancement en 2029 est conditionné à deux facteurs indépendants : la réussite du concept d'aérostat atmosphérique en chambre ATLAS (résultats attendus T3 2026) et l'accord de cofinancement avec la NASA, dont la décision dépend de l'avancement de sa propre mission Dragonfly vers Titan. En l'absence d'accord avant fin 2026, la fenêtre de lancement 2029 ne pourra pas être maintenue. La prochaine fenêtre favorable est prévue pour 2031, ce qui décalerait l'arrivée à Saturne à 2038.